Traitement de la ménopause et cancer du sein

Le débat autour des relations entre traitement hormonal de la ménopause (THM) et cancer du sein ne date pas d’hier. Il repose sur le fait que la plupart des cancers du sein sont hormono-dépendants, c’est-à-dire qu’ils se développent sous l’effet des hormones, on pouvait donc supposer qu’en donnant des médicaments à base d’hormones (œstradiol et progestérone) on augmente le risque d’avoir un cancer du sein. Cette hypothèse a fait l’objet de larges études depuis les années 2000, parfois critiquées, puis reproduites et affinées. Aujourd’hui on dispose de résultats fiables qui ont apaisé le débat. Le risque est connu, relativement faible, mais certain.

 

Pourquoi utiliser un traitement hormonal de la ménopause ?

 

La ménopause correspond à l’arrêt de la production par les ovaires des hormones féminines, en particulier l’œstrogène, qui s’accompagne de symptômes gênants tels que les bouffées de chaleur, troubles du sommeil, de l’humeur, chute des cheveux, sécheresse vaginale… Ces symptômes diminuent avec le temps, mais peuvent altérer considérablement la qualité de vie.

Il s’y associe une augmentation progressive du risque cardio-vasculaire et d’ostéoporose, mais ces risques sont également liés à de nombreux autre facteurs (poids, alimentation, tabac, activité physique…).

Le THM contient un œstrogène associé à un progestatif ; ce dernier visant à protéger l’utérus du risque de cancer induit par le premier, et n’est donc pas nécessaire chez les femmes qui n’ont plus d’utérus.

L’efficacité du THM est démontrée pour soulager les symptômes gênants de la ménopause, ainsi qu’en prévention de l’ostéoporose (en 2nde intention).

 

Quels sont les risques de cancer du sein ?

 

Il faut bien comprendre que les études ont été faites sur de très larges populations, et ont mis en évidence une augmentation de risque relativement faible. De plus ce risque dépend du type de traitement, de sa durée d’utilisation mais aussi de facteurs personnels. Il est donc difficile d’interpréter à l’échelle individuelle son propre risque à prendre un THM. Néanmoins ce risque est certain, démontré, et il ne fait plus débat. A titre d’exemple, pour un THM associant œstrogène et progestérone micronisée (dite « naturelle », tel qu’on le prescrit en France), pris pendant plus de 5 ans, il est d’environ 1,3 fois supérieur à celui des femmes qui n’ont pas pris de traitement.

Une méta-analyse, c’est-à-dire une étude reprenant les résultats de plusieurs travaux, a fait l’objet de nombreuses publications y compris dans la presse grand public en septembre 2019. Elle confirmait l’augmentation de risque, principalement liée au progestatif et à la durée du traitement, et persistant 10 ans après l’arrêt du traitement quel que soit l’âge du début.

 

Alors que doit-on faire ?

 

Les recommandations françaises concernant le THM sont claires :

  • Il ne doit pas être prescrit à titre préventif ou systématique
  • Il est réservé aux femmes dont la qualité de vie est altérée par les symptômes de la ménopause
  • La dose minimale efficace et une durée la plus courte possible sont préconisées, dans le respect des précautions d’emploi et des contre-indications.
  • Notamment, il est formellement contre-indiqué en cas d’antécédent personnel de cancer du sein, ou d’accident thrombo-embolique (phlébite)

 

Tout médecin est libre de suivre ces recommandations, mais s’il ne le fait pas il doit pouvoir argumenter son choix, et surtout il doit apporter une information complète et loyale à la patiente afin qu’elle puisse prendre une décision éclairée.

 

Quelles sont les alternatives ?

 

Lorsqu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas utiliser de traitement hormonal, on a tendance à se tourner vers les traitements de phytothérapie, c’est-à-dire à base de plantes (souvent du soja et/ou du trèfle rouge). Il faut savoir que ces plantes contiennent des phyto-œstrogènes, qui sont à peu de chose près les mêmes que ceux contenus dans les médicaments. Ils doivent donc également être utilisés avec précaution, mais pour se rassurer on peut citer l’exemple des japonais, qui sont les plus gros consommateurs de soja et ont pourtant un risque faible de cancer du sein.

Dans certains cas, on peut utiliser un traitement hormonal local comme des ovules pour soulager la sécheresse vaginale. Les risques et contre-indications sont moindres.

Il existe également des traitements symptomatiques non hormonaux qui vont agir sur le mécanisme de la bouffée de chaleur. De même la parapharmacie est riche de produits et compléments alimentaires censés améliorer les symptômes de la ménopause.

 

Enfin, et c’est sans doute le plus important, le moment de la ménopause constitue une occasion d’agir sur son mode de vie :

  • Ne pas fumer ou arrêter
  • Modérer sa consommation d’alcool
  • Surveiller son poids
  • Avoir une activité physique régulière

A noter que ces mesures sont protectrices vis-à-vis du cancer, mais aussi de l’ostéoporose et du risque cardio-vasculaire.

 

Si vous avez des questions plus précises sur votre risque de cancer du sein ou la prise d’un THM, n’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant ou votre gynécologue. Si nécessaire, il pourra vous orienter vers l’un des chirurgiens du groupe Gynécosphère.


Publié le 4 février 2020 par dr Pierre Kouchner

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